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LES RAMONEURS DE MENHIRS (FRA) - Tout le groupe (Juin-2015)


Tout le monde ne connaît pas forcément LES RAMONEURS DE MENHIRS, à l'exception désormais de tous les festivaliers de l'édition 2015 du Hellfest puisque LES RAMONEURS assurèrent, avec BODYCOUNT, et loin devant l'ensemble des autres formations, une affluence record dans la War Zone. Pour les autres, sachez que derrière ce Punk bondissant et revendicatif aux fortes sonorités bretonnantes, se cache Loran, l'ex-leader des BERURIERS NOIRS. Loran est un libertaire : chez lui, mêmes les idées sont libres. Attention, ça fuse de partout !

Line-up
: Eric Gorce (bombarde, chant), Richard Bévillon (biniou kozh, chant), Gwenaël Kere (chant), Loran (guitare électrique, chant et boîte à rythmes)

Discographie : Dañs an Diaoul (Album - 2007), Amzer an dispac'h (Album - 2010), Tan ar Bobl (Album - 2014)



Metal-Impact. La coupe punk est-elle de rigueur pour intégrer LES RAMONEURS, car j'ai vu des photos de vous avant où vous étiez plutôt sages ?
Eric Gorce. On a toujours eu cette coupe-là chez LES RAMONEURS.

MI. Oui, mais avant LES RAMONEURS...
Eric. Juste avant, non, t'as raison. Mais avant avant, oui.
Loran. Eric et moi, on se connaît depuis qu'on a 17-18 ans. On était des jeunes punks dans les rues de Paris, on se faisait partie d'un gang anarchiste – les Crasseux. Ce qui nous a plu dans la vague Punk, ce n'était pas spécialement les gros groupes showbiz, SEX PISTOLS ou les CLASH – qui sont excellents, certes –, c'était surtout l'esprit libertaire, squatteur, genre "On n'aime pas le système, on arrête de se plaindre et on construit autre chose".
Eric. Y avait un groupe phare à l'époque, CRASS (ndi : groupe anarcho-punk britannique formé en 1977)...
Loran. CRASS pour moi, c'est le premier groupe anarcho-punk. Je crois que leur premier 45 Tours sort en 1977 (ndi : en fait, 1978 avec The Feeding Of The 5000), avec une vision du Punk totalement différente : leur propre label, leur propre studio d'enregistrement. Ils jouaient beaucoup dans des squats, dans les lieux autogérés, et s'affirmaient ouvertement anarchistes libertaires. T'avais le drapeau noir à tous les concerts. C'est ce côté du Punk qui m'a vraiment intéressé.

MI. Si vous avez donc décidé de mêler le Punk avec des éléments celtes, c'est parce que vous vous connaissiez d'avant ? C'est pour ça que tu n'as pas été vers les chants polymorphes corses ou les cors savoyards ?
Eric. On avait déjà eu une expérience en 1985 avec les BERUS. J'avais enregistré la bombarde sur "Vive le Feu" et on voyait bien que ça collait bien avec la guitare. Quand les BERUS se sont reformés, ils nous ont rappelé et j'ai invité Richard – c'était Jean-Pierre qui m'accompagnait auparavant – à se joindre à nous. De notre côté, on a demandé à Loran s'il ne voulait pas faire un petit morceau de gratte et de boîte à rythmes lorsqu'on a enregistré notre album... et c'est de là que sont nés LES RAMONEURS.
Richard Bévillon. On était rentrés en studio pour enregistrer un titre. Puis, on en a fait deux autres dans la foulée. Alors, on s'est dit : "Montons un groupe". La formule a pris tout de suite.
Eric. L'alchimie était tellement bonne...
MI. ...Que cela vous a paru naturel ?
Loran. De toute façon, je ne peux pas concevoir de faire un groupe autrement. Ça fait 38 ans qu'on me voit en concert, j'ai fait des groupes avant les BERUS, j'en ai fait plein entre les BERUS et LES RAMONEURS – ça serait trop long à raconter – et j'ai toujours eu la même démarche. Je n'ai jamais été dans un plan de carrière. C'est pour ça que je ne suis pas intermittent, c'est le même principe : je ne veux pas être un fonctionnaire de l'Etat. Je suis un punk anarchiste et leur système, j'en ai rien à foutre. Moi, je veux faire autre chose. Certains ont pu se demander pourquoi LES RAMONEURS jouaient là, au Hellfest, un gros festival, où tout est cher. Mais au moins il y a un esprit ici que je trouve excellent. Par exemple, bon, t'as pas mal de sponsors pourris, mais au moins, t'as pas de banques, et ça, ça fait plaisir...
MI. ...Tu as le Crédit Mutuel (à travers leur plate-forme musicale Riffx)...
Loran. Bon, dommage. Mais il va arriver un moment où le Hellfest va devoir se poser des questions, au niveau éthique. Il est devenu suffisamment gros aujourd'hui pour pouvoir peut-être envisager de s'autogérer. Bon, ok, Kronenbourg, c'est sympa, ils ont été les premiers à les aider ; maintenant, ils ont un temple très, très beau, tout en métal, mais Kronenbourg, c'est de la merde, c'est du soda, ce n'est pas brassé. En Bretagne, tu as au moins 245 brasseurs, pourquoi Kronenbourg ? Voilà, des questions que le Hellfest, je pense, va devoir se poser, même s'ils sont grands et font ce qu'ils veulent.
On est aussi venus en soutien par rapport aux menaces de l'extrême-droite catholique. Cela m'a tellement halluciné que ces gens-là se permettent de donner des leçons alors que combien d'enfants ils ont crucifiés, brûlés sur les bûchers ? et les croisés ? Ces gens-là qui détruisent la planète, qui ont prohibé l'esprit du Cornu, qui en ont fait le Diable. Mais pour moi, le Cornu, ce n'est pas le Diable, c'est le protecteur de la nature, de la forêt. C'est aussi en tant que païen, que celte, que l'on est ici.
Le monothéisme, ça mène au patriarcat parce que Dieu est un homme – dans ces religions, la femme est souvent opprimée – et le patriarcat, ça mène à la violence. La civilisation celte est matriarcale ; si à la rigueur tu dois avoir un dieu, c'est celui de la Terre mère. Si t'as le respect de la Terre, t'as le respect de la vie. Les chrétiens se sont permis de massacrer tous ceux qui ne partageaient pas leurs croyances, qu'ils appelaient barbares, sauvages. Les Amérindiens, voilà le plus grand génocide. Et les missionnaires ? Ils ont pourri l'Afrique. Ce Dieu sur la croix, qu'on montre à nos gosses, c'est flippant. Et c'est ça que ça veut dire : "T'as vu ? Il a souffert pour toi. Alors toi, tu vas en chier, toute la vie. Tu vas être un bon petit mouton et après, tu iras au Paradis". Qu'on arrête de nous prendre que pour des cons !

MI. Et sinon, vous aviez des affinités auparavant avec la scène Metal ?
Réponse collective d'Eric, Richard et Loran. KISS, LED ZEPPELIN...
Loran. J'adore Angus Young. Ça, c'est mon côté ambigu. Jamais je n'irai les voir, car ils se produisent dans des stades, avec des places à 300E, des trucs de ouf. Mais quand je vois Angus Young jouer, pour moi c'est vraiment un shaman, tu ne vois pas de différence entre la guitare et lui. J'adore Angus Young. Dans ma façon de jouer, j'ai un côté Hard Rock, avec cette main droite influencée par AC/DC, KILLING JOKE... Je les ai vus jouer en 1984, avec SONIC YOUTH en première partie. J'ai pris une claquasse... Ces riffs à la tronçonneuse, c'est ma culture, mélangée aussi à du Punk industriel parce qu'on est les enfants de l'ère industrielle. La boîte à rythmes, c'est la machine. D'ailleurs, les bébés adorent : quand on passe les BERUS ou LES RAMONEURS, les bébés bougent, y a un truc qui se passe.
Eric. Y a un truc qui m'a étonné tout à l'heure. On était dans le public devant la MainStage, je regardais les gens et ils n'avaient pas l'air de bouger. Est-ce que c'est un trait propre au Metal ?
Loran. Je vais t'expliquer : un groupe comme AC/DC par exemple, leur concept, c'est : on est un marteau, les gens, ce sont des clous. Ça envoie tellement que tu es presque cloué. Alors que nous, nous sommes dans une autre énergie, celle de korrigans. On ne fait pas de cinéma au niveau du son, je n'ai qu'un pauvre ampli, je ne me cache pas derrière un mur. Seule l'énergie compte. Quand on fait trop confiance au matériel, on perd le côté artistique aussi. Des gros groupes comme BILLY IDOL par exemple, est-ce qu'ils seraient capables de se produire dans un bar avec une sono pourrie ?

MI. Sur votre site, il y a d'ailleurs une fiche technique avec du matériel. Pour vous, il s'agit du minimum pour vous produire sur scène ?
Loran. C'est une base quand on joue en festival, pour que ça aille plus vite. On a besoin d'un praticable pour que les sonneurs puissent poser leurs instruments qui sont très fragiles et anciens.
Eric. On change d'instrument pratiquement entre chaque morceau.
Loran. Et moi j'ai besoin de trucs pour surélever mon petit ampli... Autant de petits détails mais qui facilitent les choses.

MI. Pour ce qui est bombarde et biniou, chaque instrument a sa tonalité spécifique ?
Richard. Certains sont en gamme de Si bémol, d'autres en Si, La, Do...
Eric. Ce sont des instruments diatoniques.
Loran. Ce qui est intéressant avec ma gratte, qui est en 440 de base, ça fait des frottements : ça frotte, on ramone le menhir. Cela crée des harmonies différentes. C'est la raison pour laquelle les gens en Bretagne ont été vachement surpris par notre groupe. Mais pour moi, la guitare électrique est un instrument shamanique, qui va avec tout.
A l'époque du nain de jardin (ndi : Nicolas Sarkozy ?), j'ai quitté la France. Je me suis mis réfugié politique en Bretagne. J'ai été accueilli par les Bretons comme l'un des leurs. C'est là qu'un jeune druide m'a dit : "Loran, connais-tu la prophétie des druides en Bretagne ? Seul un étranger pourra rendre la Bretagne libre". Et ça, c'est intéressant parce que, imagine, tu aurais la même prophétie pour la France et bien, le Front National n'existerait pas. C'est ça qui est important, aller vers l'autre. On essaie de nous faire croire que les gens qui aiment leurs traditions et leurs racines sont des gens xénophobes : c'est faux. Pour moi, les xénophobes et les racistes, ce sont ceux qui ont des problèmes avec leurs propres racines, alors du coup, ils ne supportent plus les racines des autres. Je pense que les gens qui sont bien dans leurs racines sont ouverts vers les autres. Je pense que les séparatistes, les indépendantistes ou les autonomistes bretons – je ne sais pas quel est le terme le plus approprié –sont hyper ouverts. On ne veut pas la Bretagne libre parce qu'on n'aime pas la France, ça n'a rien à voir, mais parce qu'on ne soutient pas la façon de faire de ce gouvernement de merde, jacobin, centralisateur. C'est Paris qui, constamment, dicte sur tout le territoire comment les choses doivent se faire. C'est inadmissible. Tu n'as pas la même réalité de vie quand tu habites dans l'ouest, le sud, en Alsace...
Ce nouveau découpage des régions, c'est encore un manque de respect par rapport aux cultures des gens. Cela aurait pu être intéressant, il aurait fallu qu'on en discute. On voulait que le 44 rejoigne la Bretagne, mais ces découpages se sont faits à l'insu des gens. C'est ce qu'ils ont fait avec les touaregs : si tu vois les cartes du Sahara, c'est tracé à la ligne : tu peux imaginer la scène avec des grands politicards en costard : "allez, vas-y, ça c'est à toi, ça c'est à toi". A aucun moment, ils en ont discuté avec les touaregs.
A partir du moment où on est dans un système avec un gouvernement qui manque de respect envers la culture de ses propres concitoyens, c'est un scandale.
J'aurais pu atterrir en Corse, en Alsace, au Pays basque, ça aurait été pareil. Mais en Bretagne, une chose est claire : la tradition n'appartient pas aux nationalistes et ça, c'est vachement important. On est sur les plates-bandes de l'extrême-droite et on leur prend du terrain : c'est une bonne chose, car y en a marre de leur laisser du terrain. Et c'est pour ça aussi qu'on soutient les kops anti-fascistes : le foot n'appartient pas aux fachos. Quand tu vois le kop de Boulogne qui tend le bras et qui chante : "Sieg Heil !" ou des supporters italiens qui ont des slogans anti-africains... Faut arrêter, c'est du sport, c'est la fratrie. C'est pour ça qu'on soutient ces initiatives car il faut prendre du terrain aux fachos, même si le foot c'est pas forcément notre tasse de thé.
Aujourd'hui, si le FN est le premier parti de France, ce n'est pas forcément parce que les gens sont fachos, c'est parce que les autres font de la merde et que les gens finissent par en avoir marre. Les vrais responsables, c'est le PS : ils vont devoir assumer demain ce qu'ils auront laissé à nos enfants.
MI. Ils n'ont pas de scrupules...
Loran. C'est clair. Un mec comme Fabius, avec le sang contaminé et t'es encore ministre, toi ? Je connais des gamins qui sont en prison parce qu'ils ont fumé un joint. C'est pas ouf, ça ?

MI. Sur un de vos albums, vous reprenez "Bella Ciao" (ndi : chant des partisans italiens pendant la seconde guerre mondiale). Le candidat socialiste aux régionales en Ile-de-France reprend lui aussi ce morceau pour son entrée sur scène...
Eric. Oh ?!
Loran. Avec un t-shirt du Che, non ?

MI. On va peut-être laisser le petit nouveau se présenter maintenant...
Loran. Maurice a dû nous quitter pour des raisons de santé. On s'est demandé ensuite s'il fallait annuler des concerts, voire même le groupe. Momo a dit : "Non, je vais vous trouver quelqu'un pour me remplacer quand je ne me sentirai pas bien". Cela fait à peu près deux ans que Gwenaël est avec nous. Ce n'est pas un changement, je dirais plutôt une passation. Momo a passé le flambeau, et pour nous c'est hyper important.
Gwenaël a son énergie à lui, qui amène un nouvel ingrédient dans le groupe et on trouve ça excellent. Ça fait neuf ans que le groupe existe et, malgré notre âge, on se trouve plutôt frais.

MI. Gwenaël, qu'as-tu amené ?
Gwenaël Kere. Il faudrait le demander aux autres, mais c'est vrai que ça s'est fait naturellement. Je remplaçais Momo de temps en temps pendant 2 ans, et ensuite, ils m'ont proposé d'intégrer le groupe à plein temps. J'avais le choix : si j'ai décidé de les rejoindre, c'est que tout se passait bien.

MI. Tu étais déjà lié à la scène Punk ?
Gwenaël. Oui, et avec les sonneurs, on se connaissait depuis un moment.

MI. Continuez-vous à jouer ou chanter les uns les autres dans vos styles respectifs, sans mix des genres ?
Loran. Le groupe nous prend pas mal de temps, on fait à peu près 100 dates par an.
Richard. Cela ne nous laisse pas beaucoup de place pour faire autre chose.
Loran. On fait aussi des interventions en collège, en lycée pro. Une initiation Punk Rock à l'insoumission. On fait aussi beaucoup de choses en soutien, aux écoles Diwan par exemple, à des assos écolos comme le Peuple des Dunes en Bretagne. On s'est aussi mobilisé contre le centre d'enfouissement dans la forêt de Brocéliande. Quand tu arrives en train à Rennes, tu as tous les trucs sur la forêt de Brocéliande, les légendes de Merlin, blablabla : ok, c'est sympa, ça amène du monde et derrière ça ils te font un centre où ils vont enterrer toutes les merdes. Ils ont asséché une zone humide – ils sont très forts pour ça –, ils ont exterminé 7 espèces protégées et ça passe comme une lettre à la Poste. Et Notre-Dame-des-Landes, ça va être pareil, c'est ça qui me dégoûte. Il y a eu des recours, le gouvernement était supposé attendre le résultat et Valls qui annonce : "ça se fera de toute façon" ; ça veut dire qu'ils vont faire pression sur les juges, et ça c'est dégueulasse.
Les zones humides, c'est vachement important, et on détruit tout. Un grand aéroport, on n'en a rien à foutre. T'as plein de petits aéroports partout en Bretagne. A Brest, t'as déjà un aéroport. Pourquoi, si t'habites Brest, tu devrais aller à Nantes pour prendre l'avion ? T'en as un à Saint-Brieuc, à Rennes, à Lorient, à Saint-Malo. Faisons plutôt des petits aéroports partout plutôt qu'un grand centre où ça va être des embouteillages de malade... On devient débiles. Tout le monde est en vacances en même temps ; sur les plages tout le monde est serré ; dans les supermarchés, tout le monde y va aux mêmes horaires ; tu vas à Paris, dans le métro, c'est un truc de ouf. Faut arrêter. Moi, j'ai toujours fait ça, je fais toujours ce que les autres ne font pas. Même chose quand j'ai commencé à faire de la gratte. T'as tellement de groupes : tout d'un coup, c'est le style Metal Surf, allez, tu as 10.000 groupes de Metal Surf ; après, c'est l'Electro Metal Twist, même topo. Faut arrêter les mecs, soyez vous-mêmes. Quand tu vois les BERUS, tu ne peux pas mettre à côté "style Metal...", tu marques "Bérus", point. Même chose pour LES RAMONEURS. Faut que les groupes aient une identité, c'est hyper important. Faut arrêter d'essayer de faire du plagiat. C'est ça qui tue le Rock : le manque de création. Les groupes ne se mettent plus en danger. Même moi, six mois avant d'enregistrer avec Louise Ebrel, qui a aujourd'hui 82 ans, tu m'aurais dit : "Loran, tu vas poser des riffs avec une grand-mère", j'aurais ri pendant au moins une semaine, et pourtant je l'ai fait. C'est ça qui est chouette : rendre l'impossible possible. C'est ça le Punk Rock.

MI. Justement, vos valeurs libertaires se retrouvent-elles dans votre manière de composer un album ?
Loran. Elles se retrouvent dans tout, dans nos rapports entre nous. Par exemple, dans le groupe, tu n'as pas de vote. On est une association. Pour moi, le vote, c'est de la merde. C'est la loi du plus fort. On ne vote pas, on discute, on parle. Par exemple, pour le Hellfest, j'étais pas chaud au départ mais vu que tous les autres étaient ok, j'ai dit ok. Comme ça, tout le monde voit ce qu'est une grand-messe Metal. C'est vachement important le respect : on le chante, la moindre des choses est de l'avoir en nous-mêmes. C'est ça le problème de l'Etat : les gouvernements nous pondent des lois, mais qu'ils les respectent eux-mêmes ! Quand tu vois les détournements de fonds de sociaux, c'est dégueulasse, ou encore ce député qui ne savait pas qu'il devait payer des impôts : "Ah bon ? Je ne savais pas". Attendez, vous êtes graves les mecs. Combien d'années d'études de merde ? En fait, ils sont dans des putains d'écoles où t'as les politiques et les chefs d'entreprise. Ce sont les mêmes. C'est du dressage humain : on vous apprend à manipuler.

MI. Pour composer les textes, vous passez du français au breton ou l'inverse ?
Loran. Y a plein de méthodes. On aime bien reprendre de vieux textes traditionnels mais il faut qu'ils nous parlent aussi maintenant, car tu en as certains qui ne nous parlent plus ou que l'on ne cautionne pas forcément. Dans ce cas, on fait du détournement : par exemple, un texte que l'on trouve un peu macho, on va en faire un truc sur les femmes ou l'homosexualité. "Marijanig", c'est un traditionnel dont on a changé les paroles : en fait, on ne détourne pas, on réactualise.

MI. Tu parles breton ?
Loran. Non. Mes petites sont à l'école Diwan, elles parlent breton couramment. Moi, j'ai un problème avec les langues, c'est pour ça que je fais de la gratte.

MI. Et vous autres ?
Gwenaël. Moi, oui. Les autres ont de bonnes notions.
Eric. Mais moins couramment que lui (ndi : en désignant Richard).
Loran. Richard est vachement timide, mais il parle bien. Ils ont tous été baignés là-dedans : leurs grands-parents parlaient breton. Ce sont les parents qui ne parlaient plus le breton, car c'était devenu la honte. Le personnage de Bécassine, qui représente la Bretonne qui débarque à Paris, la boniche : tu remarqueras qu'elle n'a pas de bouche. Pourquoi ? Parce qu'elle ne parle pas : elle parle breton ! Si ça, c'est pas du racisme ! On a mis sur notre site des citations d'hommes et de femmes politiques sur la culture bretonne : c'est hallucinant ! Tous des jacobins ! Je ne supporte pas Mélenchon : il ne supporte pas les cultures minoritaires. C'est le Front National de gauche. Faut arrêter le délire : c'est la différence qui fait la vie. La forêt nous le montre avec ses milliers d'essences mêlées. Quand nous, on plante des arbres en ligne avec une seule essence, il n'y a rien qui pousse en dessous. L'uniformisation, c'est la mort. Les problèmes consanguins, tu connais ? Si la nature a inventé ça, c'est qu'on est fait pour se brasser, avec nos différences, sinon on va crever. Donc, les fachos, ces extrémismes et intégrismes politiques et religieux, ça nous amène à la mort. C'est pour ça qu'on a fait un traditionnel grec, en hommage aux anarchistes d'Athènes : ça fait longtemps qu'à Athènes, il y a une mouvance de squatteurs, qui essaie de faire autre chose. C'est souvent dans ces pays où l'économie s'est effondrée qu'il y a des alternatives, parce que c'est quand il n'y a plus de thune que les gens partagent. Et là, ça devient intéressant. Franchement, le capitalisme ne fait pas la joie des familles : l'argent est plus important que nos enfants et ça, je ne peux pas accepter ça.
Eric. Le capitalisme est basé sur la croissance. Il faut construire, bétonner... On reste en fait à l'époque des colonies : tous les pays occidentaux, en Afrique, en Asie, exploitent encore plus leurs ressources. T'as plein de gens qui disent : "Les immigrés, y en a de trop", l'autre con de Sarkozy qui parle de fuite d'eau... Je serais africain, j'aurais accès à Internet et verrais la misère dans laquelle je suis, je ferais comme lui : je tenterais ma chance, j'irais sur un bateau. Je les comprends les mecs et je leur tire mon chapeau, car ce sont des gens courageux. Il faut arrêter d'exploiter ces pays mais plutôt les aider à devenir vivables, car ils préféreraient rester chez eux, c'est sûr.
Nous, à travers la culture, le mélange des cultures – c'est pour ça que sur notre dernier album, on a mélangé le traditionnel breton au kabyle, touareg, palestinien – on veut initier un grand mouvement de partage.
Loran. Eric, tout le monde le sait maintenant, est un hippie. Au début – c'est une private joke entre nous – quand il était punk, dès qu'il voyait quelqu'un fumer un joint, il l'arrachait : "T'es un sale hippie !"...
Eric. ... C'était au début !...
Loran. Et t'as vu maintenant comme il parle : "Tous les peuples entre nous, aimons-nous les uns les autres"... (Rires)
Eric. Non...
Loran. Alors que moi j'étais un hippie dès la base ! (Rires)
Eric. Je trouvais que le joint, ça rendait mou. (Sourires)
Loran. Pour nous, les concerts – c'est pour ça que la musique, c'est ce qui donne du sens à ma vie – ça génère de la convivialité, un bel échange entre les gens. C'est bon esprit. Dommage que dans la scène Metal, tu es aussi le star system avec des groupes que tu ne peux pas approcher, qui ont des gardes du corps. Arrêtez le délire. Tu sais, je suis comme toi, je fais caca, pipi. On est tous pareils. On pourrait même être tous artistes, à notre façon. Il suffit d'avoir le déclic. Mais notre système éducatif nous en empêche : on formate les gamins à être rentables, on écrase constamment le côté artistique. Je pense qu'on devrait développer en premier à l'école ce qui est artistique. Et le reste, on verra après, les mathématiques... Essayons d'abord une autre approche des choses, de la différence, de la tolérance. Le gouvernement, une fois de plus, fait l'autruche : "Allez, on va changer les horaires". Ce n'est pas une question d'horaires, mais une question de fond, qui est pourri.
Le Parti socialiste est incroyable, déjà Sarko avait fait fort. Mitterrand aussi. J'ai été élevé par une famille de gauche, qui a énormément souffert pendant la guerre, donc anti-fascistes de base. Pour la petite histoire, quand je suis arrivé la première fois chez ma grand-mère avec mes bottes allemandes achetées aux puces, rien qu'en entendant le son, elle m'a dit : " Enlève-moi ça tout de suite". Quand Mitterrand a été élu en 1981, j'étais un jeune punk, j'étais à la Bastille avec ma rose. Ma grand-mère me disait : "Ce mec-là, c'est un mec de gauche !" T'as vu comment il a fait monter le FN ? Il s'en est fait un garde-fou : "Le monstre est là, continuez à voter pour moi !". En plus, la France a la prétention d'être le pays de la culture, de la révolution... capable de se battre quand il le faut. Alors que les Français, ce sont des collabos déjà, j'ai jamais vu aussi trouillard qu'un français. Dès qu'il entend du bruit, il ferme sa porte à double tour. Là, à Clisson, les gens ont leurs volets fermés...
Eric. Pas tous, t'exagères.
MI. Il est un peu dans le cliché là...
Eric. Oui, un peu quand même.
Loran. Je blague. Ma grand-mère me disait : "Méfie-toi des bottes allemandes". Je lui répondais : "Mamie, méfie-toi de l'oppression de la charentaise". Le mec qui ne dit rien, qui n'en pense pas moins et qui va voter FN. On pourrait dire ça du Parti socialiste : c'est du fascisme en pantoufles. Je te la mets, mais en douceur...
Eric. Y a un dicton qui dit : "Le fascisme, c'est ferme ta gueule et la démocratie, c'est cause toujours".

MI. Loran, dernière question sur le choix de la boîte à rythmes, qui te suit depuis les BERUS. Tu as un problème avec les batteurs ?
Loran. Non. Mais je dois dire que d'abord, ce qui m'énerve avec les batteurs, c'est que la batterie ne rentre pas dans le coffre de la Volvo – j'ai une 740 break. Et les mecs ne sont pas carrés : on leur met un clic maintenant ; on est obligés de leur mettre une boîte à rythmes dans la gueule pour qu'ils jouent bien. Moi je vais avec l'essentiel : comme dans le Blues, j'enlève le batteur et je ne maintiens que le clic finalement. Encore une fois, les choses se sont faites naturellement : on fait avec ce qu'on a. Au début, on était en DS : le petit ampli 50 Watts rentre, ma guitare aussi, la valise de masques à François (ndi : chanteur des BERURIERS NOIRS) aussi, mais la batterie non. Et l'ampli basse, vas-y toi : les bassistes ont des amplis énormes. "Ouais, vas-y, Loran, ça pète !". Mais vas-y, porte-le toi ton ampli ! Surtout qu'au moment où il faut ranger, les bassistes ne sont pas là : ils discutent avec le public et qui se tape le boulot ? Nous, on va à l'essentiel et la basse, ça annule le riff. Moi, je suis un riffeur. Donc, un riff, un métronome et les sonneurs qui amènent la mélodie avec un chanteur en breton et voilà ! La différence entre SCORPIONS et LES RAMONEURS DE MENHIRS, les premiers, ça serait du cinéma HD et nous, on est du Super 8. Et finalement, quand tu vois un film en Super 8, c'est vachement plus sympa ! (Rires)

MI. Sur votre dernier album, vous reprenez "Ibrahim", tube des BERUS. Depuis 30 ans, la situation n'a pas évolué. Comment tu vois les choses aujourd'hui ?
Loran. Ça veut dire qu'on n'évolue pas. Je suis pour la décroissance matérielle, industrielle et économique mais pas pour la décroissance mentale, mais j'ai l'impression que c'est le contraire qui se passe. Faut arrêter les révolutions pourries, qui massacrent les gens, d'autant qu'au final tu te retrouves avec un parti politique au pouvoir et c'est la même merde. L'évolution, voilà ce qui est irrécupérable : donc, utilisons notre cerveau ! C'est encore gratuit ! (Rires)


Ajouté :  Vendredi 07 Août 2015
Intervieweur :  Le Comte de la Crypte
Lien en relation:  Les Ramoneurs De Menhirs Website
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