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THERION (se) - Christofer Johnsson (Oct-2012)


Pour tous ceux qui s’intéressent un tant soit peu au Metal Symphonique, THERION fait office de précurseur et d’innovateur. C’est définitivement un groupe à part dans le paysage musical. Passé maître dans un mélange audacieux d’Opéra, de baroque, de folklore et de chœurs complexes et ambitieux arrosé d’une bonne dose de classique inspiré directement de Richard Wagner et Richard Strauss. Une figure de proue du mouvement qui a inventé des règles afin de s’imposer comme l’un des leaders incontesté de la scène Symphonique. Sa force est de développer un art musical qui dépasse de très loin les frontières du Metal pur et dur. Fondé en 1987 par son leader Christofer Johnsson, nos vétérans pratiquaient à l’origine un Death Metal assez classique comme en témoigne : Of Darkness… et Beyond Sanctorum, leur deux premiers méfaits. Mais nos anciens se sont très vite sentis à l’étroit dans un carcan régis par des codes bien précis où les figures de styles étaient légion et qui, de toute évidence, ne convenait pas à leur conception du Metal. Notre leader Christofer n’étant pas homme à se laisser enfermer dans une routine l’empêchant de s’exprimer, le gang évolua très vite vers une musique ne s’imposant aucune limite et n’hésita pas dans un premier temps à inclure des nuances Jazz et indus dans leur troisième opus Symphony Masses : Ho Drakon Ho Megas qui, d’emblé, avait de quoi en dérouter plus d’un ! Mais ce n’était que les balbutiements d’une métamorphose qui allait les emmener bien plus loin. La signature avec Nuclear Blast en 1994 marquera un tournant décisif dans la carrière de nos lascars. La première livraison Leppaca kliffoth pris tout le monde de court, THERION innovait en utilisant des instruments issus directement du classique allié à l’ajout de nappes de claviers et de chants mélodiques. Une véritable révolution pour tous les fans du combo ! Le Death Metal des débuts était déjà très loin. Mais le tsunami décisif arriva en 1996 avec Theli, une réussite parfaite qui marquait l’arrivée d’un Metal Symphonique abouti des plus inspirés et sophistiqués, le succès fut immédiat. La confirmation vint avec Vovin, sortit en 1998, qui voyait le combo travailler cette fois ci avec un véritable orchestre, ce qu’il continua à faire sur Deggial et Secret Of Runes. La consécration survint en 2004 avec la sortie de deux pièces maîtresses : Lemuria et Sirius B. Ces deux joyaux orchestraux versions Métalliques ne regroupent pas moins de 171 musiciens avec la participation, comme si cela ne suffisait pas, de l’orchestre Philharmonique de Prague. Un must devenu indispensable qui devint une référence pour les générations futures ! Du méga THERION qui demande du temps pour être assimilé correctement et éviter l’indigestion tant les arrangements sont impressionnants. S’en suivit de nombreuses dates à travers toute l’Europe et l’enregistrement d’un DVD : Celebrators of Becoming. Le groupe continua à enchaîner les galettes (Gothic Kabbalah) malgré de nombreux souci de Line-up qui auraient pu les conduire à une disparition totale. Il est vrai que la stabilité n’a jamais été le fort de THERION, la valse des musiciens étant une autre de ses particularités à tel point que le père Johnsson en patron incontesté dû annoncer via les média en 2008 que THERION n’était pas mort et que l’envie d’innover et de renverser les barrières était toujours présente. Après avoir réuni une nouvelle équipe des plus performantes, Sitra Ahra déboula dans les bacs en 2010 remettant les pendules à l’heure et prouvant à tous que THERION était bien vivant et qu’il n’avait pas dit son dernier mot. Il faut dire que Christofer Johnsson est un original qui n’a pas peur de prendre des risques, bien au contraire. Son idée est de surprendre sans cesse le public, alors quoi de mieux pour fêter les 25 ans de THERION que de proposer une énorme bombe Les Fleurs du Mal, disque uniquement constitué de reprises de chansons françaises datant de la fin des années 60. Un vrai défi pour ses fans habitués à avoir du lourd dans leur besace à Metal. Car reprendre en cœur Les Sucettes de France Gall ou Poupée de Cire, Poupée De Son peut paraître de prime abord surprenant voir déroutant. Une pilule pas facile à avaler pour de nombreux fidèles du clan THERION. Il faut dire que ce panel de titres Yéyé ne fait pas vraiment partie des références des Métalleux ! Une démarche qui a déjà fait couler beaucoup d’encre et suscité de nombreuses polémiques, les réactions sont la plupart du temps totalement épidermiques ce qui semble réjouir au plus haut point notre suédois qui cultive depuis ses débuts l’art de la provocation ! Car l’homme aime provoquer et ne laisser personne indifférent, il faut bien avouer que dans cet esprit Les fleurs Du Mal est une réussite totale. L’idée sous jacente étant d’aller encore plus loin en analysant toutes les réactions pour les inclure dans un projet artistique global. Il faut bien évidemment une bonne dose d’ouverture d’esprit pour s’attaquer à un tel opus ! Heureusement, le bougre a su proposer des réadaptations transformées en Metal symphonique qui s’avèrent être très convaincantes. Après avoir découvert cet anachronisme dans la discographie de THERION, une discussion avec Mr Johnsson était impérative. Une rencontre agréable et détendue avec un personnage sympathique, passionné, affable et sincère. L’idéal pour en savoir un peu plus sur la genèse de cette étrange idée issue d’un cerveau génial et d’analyser les motivations profondes qui l’on conduit à enregistrer Les fleurs du Mal ! Magnéto Maître Christofer « Baudelaire » Johnsson !

Line-up
: Christofer Johnsson (chant, guitare, claviers), Christian Vidal (Guitare), Thomas Vikström (Chant), Lori Lewis (Chant), Snowy Shaw (chant), Katarina Lilja (Chant), Nalle "Grizzly" Pählsson (Basse), Johan Koleberg (Batterie)

Discographie : Of Darkness... (1991), Beyond Sanctorum (1992), Symphony Masses: Ho Drakon Ho Megas (1993), Lepaca Kliffoth (1995), Theli (1996), A'arab Zaraq-Lucid Dreaming (1997), Vovin (1998), Crowning Of Atlantis (1999), Deggial (2000), Secret Of The Runes (2001), Live In Midgard (2002), Lemuria (2004), Sirius B (2004), Gothic Kabbalah (2007), Live Ghotic (2008), The Miskolc Experience (2009), Sitra Ahra (2010), Les Fleurs Du Mal (2012)



Metal-Impact. Quel souvenir gardes-tu de ton concert au Bataclan ?
Christofer Johnsson. Ca été un grand concert, on a présenté des extraits de notre nouvel album, Les Fleurs Du Mal et on était vraiment heureux de pouvoir les jouer à Paris. C’est un peu triste qu’au final ces morceaux ne soient pas si connus que ça mais le Bataclan reste un de nos meilleurs concerts de toute la tournée européenne. On a toujours reçu un accueil fantastique du public parisien. Pourtant, la France n’est pas un pays facile à conquérir, mais on a eu cette chance de se faire accepter. C’est merveilleux d’être accueilli de cette manière. Depuis les tous débuts de THERION, ça a toujours bien fonctionné pour nous chez vous et plus particulièrement à Paris.

MI. Comment expliques- tu ce succès français ?
Christofer. Depuis 2004/2005, la France est devenue un pays très important au niveau de la scène Metal mais c’est aussi un pays très difficile. En 1990 on arrivait à faire deux ou trois dates pas plus, on jouait à Paris, Lille car c’est près de la Belgique et Strasbourg car c’est proche de l’Allemagne. Ce n’était pas évident de s’imposer. Et puis il y a eu une évolution il y a une dizaine d’années, la situation s’est débloquée d’un seul coup. Je me souviens qu’en 2005, sur la tournée Lemuria nous avons fait huit concerts. J’avais peur car quand on te propose beaucoup de dates, parfois tu te retrouves avec 50 personnes dans la salle. J’ai même demandé à notre manager si ce n’était pas une plaisanterie. Heureusement, au final, les huit shows étaient complets. Je pense que votre pays est en train de surpasser l’Allemagne au niveau de la fréquentation des salles. C’est une énorme surprise pour tout le monde car l’Allemagne a toujours été une terre d’accueil pour tous les groupes de Hard en général et on pensait que ça allait continuer ad vitam æternam. Les ventes étaient toujours très bonnes et d’un seul coup tout s’est écroulé. Pour tout te dire nous n’avons pu donner là bas qu’un seul concert sur la dernière tournée.

MI. Tu reviens avec un album surprenant : Les Fleurs Du Mal constitué de chansons françaises issues des années soixante, c’est un sacré challenge ?
Christofer. Oui, ces chansons font partie du patrimoine français et ont une histoire chez vous alors qu’elles sont totalement inconnues dans le reste du monde. C’est difficile à expliquer car pour les français ce sont des vieux morceaux que la plupart des gens connaissent mais ailleurs ces titres ont une couleur très exotique. La culture française est très intéressante, il y a chez vous une forme de décadence et de mélancolie qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Un coté sombre que vous n’appréhendez pas car pour vous, c’est naturel. Je pense aux films de Jean Pierre Jeunet comme Delicatessen ou La cité des Enfants Perdus qui sont uniques pour moi, ils représentent cette bizarrerie française, il a créé un univers angoissant, inquiétant et en même temps envoûtant. Les réactions sont très différentes d’un pays à l’autre, en Grèce ils ont adoré le cd, par contre en Russie les avis sont nettement plus partagés. Mais les ventes sont bonnes. Les réponses sont très extrêmes, certaines personnes pensent que cet opus est fantastique, d’autres qu’il est carrément insupportable, tout ceci est très motivant pour moi.

MI. Dans les années soixante, on appelait ce style le YéYé ?
Christofer. Non, ce n’est pas tout à fait correct. Pour quelqu’un qui ne s’intéresse pas au Metal, METALLICA peut être assimilé au Black Metal à cause de la voix de James Hetfield. Comme il ne connaît pas, il fait très vite un amalgame et pour lui tous les groupes pratiquant ce style sont identiques. Mais quelqu’un qui a assimilé cette culture ne dira jamais ça de METALLICA, c’est la même chose pour ces chansons. Le YéYé vient en fait des Etats-Unis, c’est une sorte de Pop mielleuse qui a explosé vers les années 1965/66. Les artistes français ont eu la bonne idée de reprendre ces titres et de les adapter au marché français. Ils ont écris des paroles françaises et en ont fait quelque chose d’étrange et unique. Ils ont apporté à ces morceaux le côté culturel français, très traditionnel qui fait q’au bout du compte on se retrouve avec un mixte de pop et de chanson française. C’est étrange et incongru mais ça sonne vraiment bien. Tous ces titres ont d’ailleurs très bien fonctionné en Espagne ou en Italie et même au Japon. Le Yéyé a évolué au fil du temps un peu comme le Death Metal qui est très différent de ce qu’il était au tout début. Sur toutes les reprises que nous avons fait, je dirais qu’il n’y a qu’un seul titre qui pourrait s’apparenter à ce style c’est : « Laisse Tomber les filles » interprété par France Gall. (ndi : Christofer me montre l’album et me demande comment on prononce en français « Laisse tomber les filles »). Si tu analyses musicalement ce titre (ndi : il essaye encore une fois de l’exprimer en français et je lui refais la phonétique) putain de prononciation [Rires] … Tu peux vraiment entendre le coté twist qui vient en fait du Rockabilly. « Polichinelle » est un morceau rock/Pop qui vient de la musique Baroque, il y a une influence classique de Bach. Les Fleurs Du Mal est essentiellement constitué de chansons dans ce style. Il y a aussi quelques titres plus Rock Psychadélic comme ceux de Léonie Lousseau, ils sont d’ailleurs très difficiles à trouver car la plupart n’ont jamais été édités en CD. Par contre « Poupée De Cire, Poupée de Son » ou « Initials B.B. » sont des morceaux Pop. Il y a ce coté sombre et mélancolique que j’aime beaucoup. Pour vous, ça ne saute pas aux yeux parce que vous les avez entendu maintes et maintes fois mais pour un étranger, c’est une évidence que l’on ressent immédiatement.

MI. D’où te vient cette passion pour la culture française ?
Christofer. Je pense être quelqu’un d’instruit et qui a une certaine éducation, je connais de nombreuses cultures à travers le monde entier. Mais il y en a certaines que j’apprécie plus que d’autres, j’aime chez vous ce coté bizarre, à la fois décadent et mélancolique. Ca ne veut pas dire que j’aime tout ce qui vient de chez vous, je n’ai jamais mangé d’escargots [Rires] … Je ne suis pas obsédé par votre culture mais il y a des choses que j’adore comme la musique des années 1965/1970, je dirais plus particulièrement la période 67/69. Il y a tellement de bons morceaux qui ont été enregistrés lors de ces trois années.

MI. Penses-tu que c’est une bonne idée de présenter aux fans de THERION ce style de chansons ?
Christofer. Certains pensent que c’est un honneur et d’autres que c’est totalement idiot parce qu’ils sont persuadés que c’est une musique qui fait partie du patrimoine de leurs parents et qu’ils n’ont rien à voir avec ça. Les réactions sont très divisées. La chose intéressante c’est que la musique Metal doit garder un esprit de provocation, elle doit être en réactivité face aux idées reçues. Le coté rebelle doit toujours exister et faire en sorte que tu ne sois pas dans la norme, j’aime diviser l’opinion, et ne pas accepter tout ce que l’on veut t’imposer. Pas forcément à la manière Punk qui pour moi était très extrémiste, tu peux être différent grâce à ton état d’esprit et à ta musique. Nous sommes des musiciens et on suit notre route, nous sommes avant tout attachés à la liberté de penser que ce soit au niveau de nos créations mais aussi en ce qui concerne notre attitude. Le Metal est une culture underground qui contient une multitude de styles différents mais cela reste de la musique. Il est stupide de penser que si tu écoutes du Heavy, tu ne peux pas écouter Bruce Springsteen. Ce qui est très spécial chez les Métalleux, c’est qu’il y a une vraie forme de solidarité qui existe et qui est unique. Les fans d’IRON MAIDEN se reconnaissent tout de suite et fraternisent très vite ce qui n’est pas forcément le cas quand tu écoutes de la pop. Mais aujourd’hui, jouer cette musique ne représente plus une forme de provocation car c’est devenu une norme comme la Pop, le Rock ou le Rap. Pour susciter des réactions dans notre style, il faut briser les règles et tu ne peux pas le faire en offrant aux gens ce qu’ils attendent. Pour moi Les Fleurs Du Mal est une véritable provocation. Tu ne peux plus le faire en parlant de Satan. Le mouvement Death Metal écrivait principalement sur la mort, le dépeçage, les cimetières, les corps en putréfaction, je pense par exemple à CANNIBAL CORPSE ou AUTOPSY. Tu ne pouvais pas faire plus brutal. Mais c’est fini, tu ne peux plus choquer personne avec ce genre de cirque comme tout ce qui est lié aux églises qui brûlent, on a été au bout du truc, c’est terminé maintenant. Il faudrait faire un disque sur la pédophilie pour rester extrême mais là, pour le coup, je pense que tout le monde me tournerait le dos. Je ne pense pas qu’on me mettrait en prison si j’écrivais sur le sujet mais je serais rejeté par tous, c’est évident. Il faut briser les normes et c’est ce que j’ai voulu faire avec Les Fleurs Du Mal.

MI. Baudelaire était un provocateur à son époque ?
Christofer. Ce qui est passionnant, c’est cette réaction face à l’utilisation du nom d’un recueil de Charles Baudelaire. Certaines personnes ont été choquées par cet album et adorent cet écrivain. En fait, ils défendent un principe, la chose intéressante c’est qu’ils aiment l’écrivain justement parce qu’au XVIII éme siècle, il cassait les codes établis. Hors, c’est incroyable de voir l’intolérance de ces lecteurs envers nous. Je pense qu’ils seraient contre le poète s’ils avaient vécu à son époque, ils défendent leur propre chapelle, leur environnement culturel et dès que tu les déranges dans leur conviction, ils sont choqués. Je pense qu’ils auraient insulté Baudelaire et l’auraient certainement trouvé ignoble. Ils n’ont rien compris, ils pensent qu’aujourd’hui en lisant Les Fleurs Du Mal ils font de la provocation alors que c’est devenu un classique de la littérature.

MI. Tu as été surpris par les réactions qu’ont suscité ses écrits à son époque ?
Christofer. Oui, pas face aux adorateurs de Baudelaire mais par rapport à sa démarche et ce qui s’est passé de son vivant. Comment des gens peuvent réagir aussi violemment contre des vers et faire interdire six poèmes. La France est toujours citée comme étant le pays de la liberté et pourtant cet écrivain a été condamné pour ses écrits. Si on avait exposé des posters représentant la luxure ou des dessins liés à ses livres, je pourrais comprendre car la population n’aurait pas eu le choix. Mais dans ce cas précis, il fallait se procurer ses poèmes pour les lire. C’est donc une décision libre et réfléchie. Chacun peut décider s’il veut acheter ou pas. On a purement et simplement interdit la publication de ses livres et on l’a empêché d’écrire en toute liberté. On a aussi fait en sorte que les gens n’achètent pas ses bouquins, ce sont des décisions drastiques et aussi une atteinte à ses droits civils. Il ne pouvait plus vendre sa prose. J’ai été fasciné par cette histoire car Baudelaire a fini devant les tribunaux et a été condamné à une énorme amende. Il a fallu attendre 1949 c'est-à-dire presque un siècle pour que la publication de ces fameux poèmes soit autorisée. Ce genre de fait m’inspire énormément. Quand tu penses que cette autorisation est arrivée seulement quatre ans après la seconde guerre mondiale, c’est sidérant. Mes parents sont nés en 1946 et il était interdit d’acheter ses poèmes, c’est très bizarre. C’est très étrange de penser qu’au XX ieme siècles on ne pouvait pas acheter Les Fleurs Du Mal. Et le plus incroyable c’est que jusqu’en 1968, il était très difficile de trouver ce recueil en librairie. J’ai lu ses fameux poèmes interdits et j’ai été choqué par le fait que je ne les ai pas trouvés si provocateurs que cela. Il n’y a rien de très choquant, c’est juste une histoire d’amour entre deux femmes, rien de pervers. Ce qui est dingue, c’est que ce genre de relation était considéré au début des années 40 comme contre nature et totalement interdite par la société. J’ai été fasciné par toutes ces réactions suscitées par ces textes hors normes. Je voulais avoir la même réaction avec ce projet artistique, je voulais étudier et observer les avis de tout ce monde intolérant et stupide. Tous ces événements ont une part importante dans ce que j’ai envie de faire par la suite. Je ne veux pas juger les goûts du public, tout le monde peut avoir son avis bien sur. Si quelqu’un n’aime pas ce disque et pense que c’est nul, cela me va très bien. Je m’intéresse à ceux qui, par pur principe, vont rejeter ce disque. Il y a certaines personnes qui, parce que c’est des reprises de chansons françaises, vont détester. Que ce soit RAMMSTEIN ou un autre groupe, qu’il joue bien ou mal, ils vont haïr cet opus parce que c’est considéré comme de la variété. Je vais rendre un compte rendu public qui montrera combien ces gens sont idiots, c’est avant tout une expérience que je suis en train de mener.

MI. Tu as choisi d’illustrer la pochette et le livret par des dessins très subjectifs ?
Christofer. Oui, c’est un hommage aux femmes. La plupart des poèmes parlent d’amours lesbiens et je voulais créer une atmosphère baudelairienne et exotique. C’est aussi pour consacrer l’œuvre interdite de Baudelaire. On a fait d’ailleurs deux clips vidéo qui sont assez décadents et inspirés par la vie de l’artiste. La plupart des individus on oublié qui il était réellement en tant qu’Homme, ils pensent que c’était un gentilhomme avec une attitude de gentleman et c’est totalement l’inverse. C’était un grand alcoolique, drogué à l’opium. Il a vécu comme un dépravé, il a hérité de la fortune de son père et a dilapidé le tout dans une débauche totale. Et lorsqu’il n’a plus eu d’argent, il a fréquenté les pires endroits, des maisons closes où les filles étaient presque toutes malades, c’est d’ailleurs en menant cette vie qu’il a contracté la syphilis et la gonorrhée. Cette vie d’abus d’alcool, de drogues et de femmes l’a détruit en très peu de temps. Il a du, à la fin de sa vie, retourner vivre chez sa mère car il n’avait plus un sou et nulle part ou aller. C’est un destin tragique et une vie d’autodestruction. Il est mort à 43 ans. S’il vivait à notre époque, on peut se demander à quoi il ressemblerait et ce qu’il ferait. Il pourrait être attiré par le coté décadent de la scène Metal, il pourrait boire et prendre de la drogue. Je pense que de toute façon, il traînerait dans des lieux très sales. C’est cette atmosphère que nous avons voulu recréer dans nos clips. On s’est mis à la recherche d’un club des plus crasseux qui soit et on l’a trouvé à Santiago De Chile. C’est dans ce bar qu’on a tourné pour recréer une ambiance malsaine, moderne et décadente. Avec toutes ces bouteilles qui n’ont pas bougé depuis des années, ces toilettes ignobles et ces filles peu attirantes. Les hommes sont ivres en permanence et c’est pourquoi ils n’hésitent pas à avoir des relations avec ces filles sales, on voulait aller le plus loin possible dans cet esprit là. Beaucoup de gens ont des difficultés à faire le parallèle avec la réalité de Charles Baudelaire parce qu’ils pensent qu’être artiste au XVIII iéme c’était se comporter en parfait gentleman. Mais il était sale, alcoolique, drogué et passait son temps dans les endroits les plus crades qui existent, des bouges innommables qui ont conduit à sa perte. Mais c’était aussi et surtout un homme de talent qui a écrit des poèmes fantastiques. Il était doué d’une intelligence rare et c’était un génie de l’écriture. Voilà l’homme qu’il était, un esprit brillant et un être dépravé.

MI. Penses-tu qu’aujourd’hui ce serait une Rock Star ?
Christofer. Je dirais que c’est possible car je pense qu’il aurait tous leurs défauts. Il est mort de la syphilis, aujourd’hui il aurait peut être le sida. Attention, je ne veux pas faire un parallèle avec Freddy Mercury. Je ne sais pas à qui on pourrait le comparer de nos jours. A son époque, il était assez unique. Heureusement, il y avait des individus qui le soutenaient et s’intéressaient à son œuvre. Mais te dire quel serait son statut dans la société actuelle, c’est très difficile. Il n’était pas adulé lors de sa courte vie. Je pourrais peut être faire un parallèle avec un personnage Rock et gothique qui aimerait créé des ennuis partout où il serait passé. Il n’aurait que très peu de fans et trente ans après on dirait que c’était cool d’être comme lui. Je ne sais pas si on peut trouver un bon exemple.

MI. Où en es-tu de ce projet de Rock Opéra que tu prépares depuis un long moment ?
Christofer. Oui, ça fait très longtemps que je suis dessus. J’ai commencé à l’écrire il y a dix ans. Mon idée était d’écrire un opéra classique un peu dans l’esprit de ce qu’avait fait DEEP PURPLE en 1969. J’ai déjà écrit toutes les parties importantes. Mais pour l’instant, je suis bloqué sur ce que j’appelle les liaisons ennuyeuses, c'est-à-dire les petits interludes qui serviront de pont entre l’acte A et B. J’ai pratiquement tout terminé, les morceaux sont composés, ce sont ceux dont tout le monde se souviendra. Mais faire le lien entre tous ces titres s’avère pour moi un réel problème. Je crois que je suis un peu prisonnier du style THERION. Cette musique Metal que j’écris depuis si longtemps a atteint quelque part mes capacités de compositeur. Je suis tellement habitué à écrire dans un style précis, même si je cherche toujours à créer des chansons intéressantes, que je n’ai rien écris depuis trois ans. Au final, j’ai réalisé que ce que je savais faire de mieux c’est du THERION, un mélange de Rock et d’Opéra. Je pourrai transformer et adapter cet Opéra pour un album de THERION, j’ai déjà utilisé certaines parties par le passé. Je ne sais pas encore mais cela va prendre encore quelques années avant d’aboutir.

MI. Dirais-tu que cet Opéra est le projet de ta vie ?
Christofer. Complètement, c’est très prenant mais j’espère qu’il me reste encore quelques bonnes années pour pouvoir en venir à bout. Mais je serai prudent pour affirmer que c’est l’œuvre de ma vie car je suis le genre de type qui trouve toujours la montagne à gravir trop petite et qui est constamment à la recherche d’un sommet plus haut à gravir. J’aime les nouveaux challenges !

MI. Est-ce qu’il y a des Opéra qui t’ont impressionné ?
Christofer. Oui, mais si tu penses à The Wall de PINK FLOYD par exemple pour moi ce n’est pas du Rock Opéra. La différence majeure c’est que je veux utiliser pour les voix uniquement des chanteurs lyriques, de véritable Ténors, c’est une des clefs de mon concept. Pour moi, il n’y a jamais eu pour l’instant de véritable Opéra Rock, tout ce qui a été fait avant est plus une forme de comédie musicale Rock, à la base ce sont des morceaux Metal arrangés. Je veux créer une forme de fusion entre l’Opéra et le Metal, nous avons toujours essayé de faire cela avec THERION. Mais cette fois-ci, je veux aller plus loin.

MI. Quels sont les réactions qui t’ont le plus surpris à propos Des Fleurs Du Mal ?
Christofer. J’aime la discussion et les émotions fortes. Au total, 75% des fans ne pensent pas réellement aimer cette galette et 25% le haïssent vraiment. Il n’y a pas de réactions mitigées, elles sont très extrêmes. Mais c’est beaucoup mieux que si le projet avait été totalement ignoré ou rejeté. J’ai lu des chroniques où Les Fleurs Du Mal avait reçu en termes de notation 1/10 où il était précisé que c’était la plus grosse merde jamais réalisée par THERION. D’autres ont donné 3/10, pas de quoi s’enthousiasmer. Mais cela crée une émulation et les fans en parlent énormément. C’est notre quinzième album studio et le pire qui aurait pu nous arriver, c’est de faire comme STATUS QUO, refaire sans cesse la même musique sans tenter d’innover. Les fans se disent : « Oh encore un opus de Boogie » c’est vraiment intéressant [Rires] … On veut essayer de surprendre, le jour où il n’y aura plus de réactions, alors cela voudra dire qu’on est devenus comme eux. Les gens achètent STATUS QUO en sachant à l’avance ce qu’ils vont écouter, ils savent que ce sera toujours la même chose. Moi, au contraire, je veux surprendre et proposer quelque chose de neuf à chaque fois, il faut prendre des risques et bien sur tu n’es pas sur de ce qui va se passer après la sortie dans les bacs. Nous avons toujours eu cette attitude au sein de THERION, c’est comme ça que nous fonctionnons. Chaque disque est une compétition, je veux toujours aller aux limites des possibilités qui me sont offertes. Je veux emmener celui qui nous écoute quelque part où il n’a jamais été auparavant. Il y a tant d’innovations que nous avons tenté et qui aurait pu être rejetées par le public parce qu’ils auraient pu penser que ce n’était pas du THERION. On a tenté d’inclure du Folk, de l’Opéra dans nos morceaux et au final cela a toujours fonctionné. On n’est pas les premiers mais à chaque fois que nous innovions, notre entourage pensait qu’on était fous et que cela n’allait intéresser personne et au final ça a toujours fonctionné et nos albums sont devenus des classiques. Maintenant, c’est un style établi et de nombreux groupes empruntent ce chemin. C’est devenu une norme, on trouve cette musique normale. Mais avant que l’on tente de faire des changements, c’était considéré comme impossible. On trouve toute une génération de combos Folk Metal de nos jours. On est une influence pour eux, merci THERION. On n’est pas des précurseurs mais on a réussi à faire en sorte que ce soit accepté dans le monde du Rock.

MI. Quelle est la chose dont tu es le plus fier ?
Christofer. Il y a une chose que nous avons accomplie tout au long de ces 25 années passées dont je suis particulièrement fier, c’est d’avoir ouvert l’esprit et l’âme de ceux qui s’intéressent à nous. Nous leur avons permis de découvrir de nouveau style de musique qu’ils rejetaient au tout début et qu’ils ont su accepter grâce à l’écoute de nos albums. On a réussi à ouvrir de nouveaux horizons par notre musique. Ces projets, avant d’avoir été acceptés comme faisant partie du Metal, étaient considérés comme inintéressants et totalement fous voir stupides. Aujourd’hui ils sont devenus la norme et ont établis des règles qui sont utilisées par tous. Par notre détermination, nous avons réussi à changer cela et j’en suis très fier.


Ajouté :  Jeudi 30 Mai 2013
Intervieweur :  The Veteran Outlaw
Lien en relation:  Therion Website
Hits: 10317
  
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